À l’approche des élections municipales de 2026, les échanges entre architectes et élus font émerger, partout en France, des constats et des attentes communes sur le cadre de vie. L’Ordre des architectes a choisi de les relayer sous la forme de dix propositions, conçues comme des repères et des éléments de langage à partager avec les élus en place comme avec les candidats.

Proposition n°1 – Inventer de nouveaux récits territoriaux
Faire de l’architecture le langage qui redonne du sens et de la cohérence à la transformation des villes et des villages.
Inventer de nouveaux récits territoriaux, c’est partir d’un constat que les élus et les architectes partagent souvent sur le terrain : les transformations ponctuelles et isolées dans les villes et villages s’accumulent parfois sans vision d’ensemble. Zones pavillonnaires, entrées de ville, centres bourgs ou équipements publics évoluent, mais ne dialoguent pas.
L’architecture peut rétablir un équilibre territorial. Elle permet de relier les histoires d’un territoire, ses usages actuels et ses ambitions futures. Grâce à une vision globale et prospective, par l’étude des spécificités locales d’un site – les formes, les matériaux, le paysage, les usages -, l’architecte contribue à donner du sens aux transformations et à renforcer l’identité locale.
C’est précisément le rôle de l’architecte : aider les élus à concrétiser une vision, à articuler les projets entre eux pour inscrire l’action municipale dans le temps long, au-delà des opérations ponctuelles.
Proposition n°2 – Inscrire l’action municipale dans l’héritage de la loi de 1977 sur l’architecture
Reconnaître l’intérêt public de l’architecture comme bien commun et moteur des 50 prochaines années.
La loi sur l’architecture de 1977 a posé un principe fondateur : l’architecture est d’intérêt public. Pourtant, sur le terrain, cette appréciation est parfois reléguée au second plan face aux contraintes budgétaires et aux calendriers politiques. Résultat, la qualité architecturale est trop souvent perçue comme superflue, et non comme un levier structurant des politiques urbaines.
Réaffirmer l’héritage de cette loi, c’est rappeler que l’architecture n’est pas un luxe, mais un bien commun. La qualité architecturale est essentielle au cadre de vie, à la durabilité des équipements publics, à l’attractivité des centres-bourgs et à la cohérence d’ensemble des projets urbains. À l’approche des 50 ans de la loi en 2027, les collectivités ont l’opportunité d’inscrire leur action dans cette continuité en faisant de l’architecture un pilier structurant de leurs projets de mandat.
Le rôle de l’architecte est central dans cette démarche. Par sa capacité d’analyse, de conception et de dialogue avec une diversité d’acteurs (usagers, maîtres d’ouvrage, acteurs privés, etc.), il accompagne les élus pour transformer des ambitions politiques en projets concrets, durables et adaptés aux réalités locales. Il apporte une expertise indépendante, au service de l’intérêt général et d’une vision long-terme des projets.
C’est aussi l’esprit du dispositif « 1 maire, 1 architecte » : créer un espace d’échange simple et direct pour remettre l’architecture au cœur des décisions publiques, en amont des projets, prolongeant concrètement l’héritage de la loi de 1977 dans l’action municipale.
Proposition n°3 – Réparer plutôt que démolir
Privilégier la réhabilitation, l’intensification des usages et la réversibilité des équipements pour économiser foncier et ressources, tout en valorisant l’existant.
Face à la pression foncière, à l’urgence climatique et à la raréfaction des ressources, de nombreux projets continuent de privilégier la démolition-reconstruction. Cette logique, héritée d’un modèle d’aménagement fondé sur l’étalement urbain et le renouvellement rapide du bâti, génère des coûts environnementaux, économiques et sociaux élevés, au détriment des équilibres locaux.
Changer de paradigme, c’est faire le choix de la réparation. Réhabiliter l’existant, transformer les usages, réinvestir les bâtiments vacants, rendre les équipements publics évolutifs et réversibles : c’est permettre de répondre aux besoins des habitants tout en limitant l’artificialisation des sols et l’empreinte carbone des projets. Ces approches favorisent également une production plus sobre et mieux ancrée dans les réalités locales.
L’architecte joue un rôle clé dans cette transition. Par son expertise technique et sa capacité à exploiter le potentiel du bâti existant, il accompagne les collectivités et les maîtres d’ouvrage dans la conception de projets durables, qui répondent à l’intensification des usages. Il aide les élus à arbitrer entre conservation, adaptation et renouvellement du bâti, en intégrant les contraintes patrimoniales, énergétiques, sociales et économiques des projets.
Permettre aux élus de bénéficier d’un accompagnement professionnel en amont des décisions, leur permettre d’inscrire les projets dans une logique de sobriété foncière et de transformation durable des territoires, c’est tout l’enjeu du dispositif « 1 maire, 1 architecte ».
Proposition n°4 : Faire avec un climat en mouvement
Anticiper les risques et dessiner des territoires résilients, sûrs et attractifs
Le dérèglement climatique n’est plus une projection lointaine : il transforme déjà les territoires. Canicules, inondations, sécheresses, recul du trait de côte impactent directement la vie locale. Pour les élus municipaux, il ne s’agit plus seulement de réagir aux crises, mais d’anticiper durablement les risques.
Faire avec un climat en mouvement, c’est changer de regard sur la fabrique de la ville. Cela suppose de concevoir des projets capables d’absorber les chocs climatiques, de limiter leur impact sur les habitants et de préserver la qualité du cadre de vie. La résilience territoriale ne se résume pas à des normes techniques. Elle se construit par des choix d’implantation, de formes urbaines, de matériaux, de gestion des sols, de végétalisation et d’usages.
Les architectes jouent un rôle clé dans cette transition. Par leur approche globale, ils articulent enjeux climatiques, contraintes locales, usages et qualité architecturale. Ils accompagnent les collectivités dans la conception de projets sobres, adaptés aux spécificités du territoire, capables de répondre à la fois aux impératifs de sécurité, de confort et d’attractivité.
Anticiper plutôt que subir, c’est aussi une stratégie politique responsable. Investir aujourd’hui dans des projets résilients permet d’éviter demain des coûts de réparation, de relocalisation ou de gestion de crise bien plus lourds. C’est un levier pour renforcer la confiance des habitants, sécuriser l’investissement public et construire des territoires désirables malgré les bouleversements climatiques.
Avec le dispositif « 1 maire, 1 architecte », l’Ordre des architectes propose aux élus un accompagnement concret pour intégrer ces enjeux dès l’amont des projets.
Proposition n°5 : Garantir un logement pour tous
Créer les logements dont la société a besoin, accessibles, abordables et de qualité pour tous et pour tous les moments de la vie
La crise du logement s’aggrave sur tout le territoire. Difficultés d’accès, hausse des prix, raréfaction de l’offre abordable, inadéquation entre les besoins des habitants et les logements proposés : les élus locaux sont confrontés à une équation de plus en plus complexe. Produire davantage ne suffit plus. Il s’agit désormais de produire mieux, en tenant compte des usages, des parcours de vie et des contraintes environnementales.
Garantir un logement pour tous, c’est affirmer que la qualité architecturale est indissociable de la quantité. Logements sociaux, intermédiaires, étudiants, seniors, habitat inclusif ou intergénérationnel : la diversité des besoins impose une réponse plurielle, territorialisée et durable. L’enjeu n’est pas seulement de construire, mais de créer des cadres de vie dignes, économes en ressources, intégrés aux quartiers existants et accessibles financièrement.
Dans cette ambition, le rôle de l’architecte est central. Par sa capacité à concevoir des logements adaptés aux usages réels, à optimiser les surfaces, à intégrer les contraintes foncières et climatiques, et à dialoguer avec les acteurs publics et privés, l’architecte contribue à produire une offre de logement plus juste et plus qualitative. Il accompagne les collectivités dans la recherche d’équilibres entre contraintes budgétaires, performance environnementale et qualité d’habiter.
Le dispositif « 1 maire, 1 architecte » s’inscrit pleinement dans cette démarche. Il offre aux élus un espace d’échange en amont pour structurer leur politique du logement, anticiper les besoins locaux et construire des projets équilibrés, conciliant accessibilité, qualité architecturale et intérêt général.
Proposition n° 6 – Préserver les paysages par la sobriété foncière
Accompagner les collectivités publiques dans la gestion du territoire français comme patrimoine commun de la Nation.
La pression foncière, l’étalement urbain et l’artificialisation des sols ont profondément transformé les paysages français ces dernières décennies. Face à l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) et aux impératifs climatiques, les collectivités locales doivent aujourd’hui repenser leur manière d’aménager. La gestion du sol n’est plus seulement une question d’urbanisme : elle devient un enjeu écologique, économique et culturel majeur.
Préserver les paysages par la sobriété foncière, c’est considérer le territoire comme un patrimoine commun. Cela implique de limiter l’étalement, de réinvestir les friches, de densifier avec qualité, de transformer l’existant plutôt que consommer de nouveaux espaces. La sobriété ne signifie pas le renoncement : elle invite au contraire à inventer des formes urbaines plus compactes, plus mixtes et mieux intégrées dans leur environnement.
Le Plan local d’urbanisme (PLU ou PLUi) constitue à cet égard un outil stratégique majeur. À travers le projet d’aménagement et les règles qu’il fixe, il permet de traduire une vision politique du territoire : localisation des constructions, protection des espaces agricoles et naturels, qualité des formes urbaines, intégration paysagère.
Dans cette transformation, l’architecte joue un rôle stratégique. Par sa capacité à articuler projet urbain, qualité d’usage et insertion paysagère, il aide les élus à concilier développement et préservation. Il propose des solutions adaptées aux spécificités locales, valorise les ressources existantes et accompagne la mutation des tissus bâtis sans dénaturer l’identité des territoires. La sobriété foncière devient alors un levier de qualité, et non une contrainte subie.
Le dispositif « 1 maire, 1 architecte » permet d’ouvrir ce dialogue en amont des décisions d’aménagement. Il offre aux élus un cadre pour anticiper les évolutions, maîtriser leur stratégie foncière et inscrire leurs projets dans une vision durable du territoire, au service de l’intérêt général.
Proposition n°7 – Réindustrialiser par l’architecture
Concevoir des lieux de production au service d’une économie locale, circulaire et innovante
La réindustrialisation est devenue un objectif central des politiques publiques. Relocalisation des filières, économie circulaire, circuits courts de distribution, production à faible empreinte carbone : les territoires cherchent à recréer de l’activité économique au plus près des habitants. Mais produire localement ne signifie pas reproduire les modèles industriels du passé. Il s’agit aujourd’hui d’imaginer des lieux de production intégrés à leur environnement urbain, sobres en foncier, exemplaires sur le plan environnemental et compatibles avec l’évolution des usages.
Réindustrialiser par l’architecture, c’est penser et concevoir des bâtiments capables d’accueillir des activités économiques diversifiées tout en garantissant qualité d’usage, insertion paysagère et acceptabilité sociale. Ces nouveaux espaces productifs doivent dialoguer avec les quartiers existants, limiter au maximum les nuisances engendrées, optimiser l’utilisation des ressources et participer à l’attractivité du territoire.
L’architecte joue un rôle stratégique dans cette transformation. Par sa capacité à concevoir des bâtiments évolutifs, mutualisables et réversibles, à intégrer les contraintes techniques et environnementales, et à travailler en lien étroit avec les collectivités et les acteurs économiques, elle contribue à faire émerger une industrie ancrée localement et tournée vers l’innovation. L’architecture permet de concilier performance économique, qualité environnementale et développement territorial.
Le dispositif « 1 maire, 1 architecte » offre un cadre de dialogue pour accompagner les élus dans cette ambition. Il permet d’anticiper les besoins, d’identifier les sites adaptés, de structurer des projets productifs compatibles avec les documents d’urbanisme et d’inscrire la réindustrialisation dans une vision durable du développement territorial.
Proposition n°8 : Répondre au vieillissement, aux besoins de santé et d’éducation
Offrir des lieux de soins, apaiser les espaces publics et renforcer la qualité de vie de toutes les générations dans tous les territoires.
Le vieillissement de la population, la tension sur l’offre de soins, les inégalités d’accès aux services publics et les besoins croissants en équipements éducatifs constituent des défis majeurs pour les collectivités. D’ici 2030, un tiers des Français aura plus de 60 ans. Dans le même temps, les déserts médicaux s’étendent, et les établissements scolaires doivent s’adapter à de nouvelles exigences climatiques et sociales.
Répondre à ces enjeux ne consiste pas uniquement à construire davantage d’équipements. Il s’agit de concevoir des lieux adaptés aux usages réels, inclusifs et évolutifs, capables d’accompagner les parcours de vie. Maisons de santé, EHPAD, écoles, crèches : ces équipements structurent le quotidien et participent directement à l’attractivité et à la cohésion des territoires.
L’architecture joue ici un rôle central. Elle permet d’intégrer les besoins spécifiques liés à l’âge, au handicap ou à la vulnérabilité, d’améliorer le confort thermique et acoustique, de favoriser la mixité générationnelle et de repenser les espaces publics. Concevoir des lieux de soins et d’éducation, c’est aussi penser leur inscription dans la ville ou le bourg : accessibilité, proximité, complémentarité des usages.
Dans les territoires ruraux comme dans les quartiers urbains denses, l’enjeu est double. Il s’agit de maintenir des services de proximité et de garantir leur qualité architecturale. Les collectivités doivent pouvoir s’appuyer sur des professionnels capables d’articuler contraintes budgétaires, exigences réglementaires et qualité d’usage.
En offrant un cadre privilégié pour engager ce dialogue en amont, le dispositif « 1 maire, 1 architecte » permet d’anticiper ces besoins, de structurer les projets d’équipements publics et de renforcer la qualité du cadre de vie pour toutes les générations.
Proposition n°9 : Renforcer la démocratie de projet
Associer habitants et acteurs locaux autour de choix partagés et durables
Les projets d’aménagement, constructions neuves comme réhabilitations, façonnent les territoires et impactent durablement le cadre de vie de leurs habitants. Pourtant, ils peuvent parfois susciter incompréhensions, tensions ou oppositions lorsqu’ils dévient des attentes locales. Dans un contexte où les enjeux environnementaux, sociaux et urbains se complexifient, la qualité du dialogue entre élus, professionnels et citoyens devient alors un facteur déterminant de la réussite pérenne des projets au long terme.
Renforcer la démocratie de projet consiste à associer en amont habitants, futurs usagers et acteurs locaux pour produire collectivement des choix d’aménagement qui auront un réel impact social et local. Concertations, ateliers participatifs, démarches de co-construction : ces outils permettent de valoriser la maîtrise d’usage des habitants de leur quartier et lieux de vie, pour construire des projets plus adaptés aux réalités du terrain.
Dans cette démarche concertée du projet, l’architecte joue un rôle de médiateur et de pédagogue auprès de l’ensemble des différents interlocuteurs. Par sa capacité à traduire des enjeux techniques en représentations accessibles et à mettre en débat différentes solutions, il contribue à éclairer les choix publics. Cette démarche favorise l’appropriation des projets par les habitants et renforce la confiance entre les collectivités et les citoyens.
La démocratie de projet dépasse la simple consultation : elle permet d’enrichir les projets, de sécuriser leur mise en œuvre et de construire des cadres de vie durables et partagés.
Le dispositif « 1 maire, 1 architecte » participe pleinement à cette ambition. En facilitant le dialogue entre élus, professionnels et habitants dès les premières réflexions, il contribue à structurer des démarches de concertation et à inscrire les projets dans une vision partagée et durable du territoire.
Proposition n°10 : Mettre l’intelligence artificielle au service du patrimoine et des savoir-faire
Maîtriser les outils numériques pour valoriser la diversité culturelle de chaque territoire.
L’intelligence artificielle ouvre de nouvelles possibilités pour mieux analyser les territoires, comprendre l’évolution des villes et accompagner la préservation du patrimoine local. Mais ces technologies soulèvent également des enjeux de maîtrise, d’éthique et de transmission des savoir-faire traditionnels.
Utilisés de manière responsable, ces outils peuvent devenir de puissants leviers pour les collectivités : analyses territoriales, modélisation de bâtiments, inventaire du patrimoine local, simulation de scénarios d’aménagement… L’intelligence artificielle permet d’éclairer les choix publics et d’anticiper les transformations du cadre de vie.
Dans ce contexte, l’architecte joue un rôle essentiel. Par sa connaissance des territoires, des cultures constructives et des techniques architecturales, il est en mesure de mobiliser ces outils tout en conservant une approche critique et sensible du projet qui place la créativité en son centre. L’intelligence artificielle ne remplace pas l’expertise humaine : elle vient l’enrichir en facilitant l’analyse, la conception et la transmission des savoir-faire.
Pour les collectivités, l’enjeu consiste à s’approprier ces technologies sans perdre la maîtrise des décisions. Les outils numériques doivent rester au service des projets territoriaux, en valorisant les identités locales, les matériaux et les techniques propres à chaque région.
En favorisant les échanges entre élus et professionnels autour de ces nouveaux outils, le dispositif « 1 maire, 1 architecte » permet d’accompagner les collectivités dans l’appropriation d’innovations numériques et de mettre l’intelligence artificielle au service de la préservation et de la valorisation du patrimoine.